Mettre en lumière ce qui caractérise l’humanité à travers l’équipe olympique des réfugiés
Croyez-le ou non, mais dans un premier temps, Aram Mahmoud n’était pas particulièrement enclin à participer à la cérémonie d’ouverture de Tokyo 2020. En tant que joueur de badminton, membre de l’équipe olympique des réfugiés constituée par le CIO, il s’apprêtait à disputer son premier match le lendemain matin. Il était là pour prendre part à la compétition, non ? Pas seulement pour la cérémonie. Mais le bon sens l’a rattrapé. Il s’est habillé, et il y était, au stade olympique, « l’un des plus beaux moments de ma vie ». Mais ce n'est pas tout. « Tout le monde m’envoyait des photos : Hé, Aram, on t’a vu à la cérémonie d’ouverture ! Ma famille regardait aussi » ; il leur avait envoyé un lien pour que, même en Syrie, tout le monde puisse le voir. « Hé, Aram, tu es célèbre ! ».
Tokyo fut la deuxième édition des Jeux Olympiques à inclure une équipe olympique des réfugiés. L’équipe de 2020 était composée de 29 athlètes, en lice dans 12 sports, provenant de 13 Comités Nationaux Olympiques hôtes. Tous font partie d’un programme soutenu par le CIO intitulé « Bourses olympiques pour athlètes réfugiés ».
L'objectif étant, incontestablement, d’attirer l’attention sur le sort réservé à près de 100 millions de personnes déplacées à travers le monde.
Des personnes telles qu’Aram Mahmoud, par exemple.
Aram Mahmoud a commencé à jouer au badminton à l’âge de 7 ans. En 2015, alors adolescent, tandis que la guerre civile faisait rage en Syrie, il a fui son pays pour finir par trouver refuge aux Pays-Bas ; pays qui lui offrira la citoyenneté néerlandaise. Pour les Jeux Olympiques de Tokyo, il est devenu le premier joueur de badminton à intégrer l’équipe olympique des réfugiés constituée par le CIO.
Au cours de l’année qui a suivi les Jeux de Tokyo, tout en s’entraînant dans l’espoir de participer à l’édition de Paris 2024, il a intégré le Johan Cruyff Institute pour commencer des études en économie et marketing sportif. Entre-temps, sa famille a enfin pu le rejoindre. Aujourd'hui, son père Mohammad, sa mère Loudmilla, son frère Amour et sa sœur Alisar sont réunis dans la ville nouvelle d'Almere, construite en 1976 aux Pays-Bas. Sa sœur Sanaa, mariée, est toujours en Syrie.
Un an plus tôt à Tokyo ? Lors de ce match disputé le samedi matin après la cérémonie d’ouverture ? « Être là-bas a été le meilleur moment de ma carrière sportive », a déclaré Aram.
Il n’a pas remporté ce match, ni celui d’après d’ailleurs, mais peu importe. Il était présent : « Bien sûr, je me sens privilégié d’avoir cette opportunité. Beaucoup de mes amis en Europe se font payer par leurs associations », pour s’entraîner et jouer. « Je les vois devenir plus performants. Je ne suis pas triste, mais un peu déçu de ne pas avoir eu cette chance. Avec cette opportunité que m’offre la Solidarité Olympique et cette bourse qu’ils nous accordent, je vais pouvoir faire comme eux ».
En réalité, ce qui compte véritablement, c’est l’essence même des Jeux Olympiques, les moments vécus au village, loin des caméras, où les athlètes du monde entier se côtoient et découvrent leur part d’humanité, qu’il s’agisse de vedettes ou de membres de l’équipe olympique des réfugiés du CIO.
Par exemple, Aram Mahmoud a pu discuter pendant une quinzaine de minutes, et échanger quelques pin's, avec Andy Murray, médaillé d’or au tennis en simple masculin lors des Jeux de Londres 2012 et Rio 2016. Une conversation à l'initiative du Britannique, blessé pendant les Jeux de Tokyo, simplement pour s'enquérir des résultats d'Aram Mahmoud et d'un de ses amis lors des épreuves.
Il a également discuté pendant 15-20 minutes avec le joueur de tennis grec Stefanos Tsitsipas, de sujets tels que les différences de cordes entre les raquettes de badminton et les raquettes de tennis.
Photo masquée prise dans le restaurant principal avec Novak Djokovic, la star du tennis d’origine serbe.
« Être dans cet environnent, c’était formidable, et nous avons discuté de manière tout à fait naturelle »,a affirmé Aram Mahmoud.
Puis, sans prétention particulière, l’anglais n’étant assurément pas sa langue maternelle, Aram Mahmoud s’est lancé dans une éloquente apologie des Jeux, expliquant pourquoi, malgré toutes ses imperfections et les critiques pouvant être adressées à leur endroit - les Jeux Olympiques sont et resteront essentiels dans notre monde fragile et brisé.
Au cours des 17 jours passés à Tokyo, il a été question, encore et toujours, de cette part d’humanité : « Tout le monde était mis sur un pied d’égalité. Personne ne valait plus que les autres ».