Dans le Pacifique : le rêve devient réalité grâce au travail d’équipe

Les Jeux de Tokyo ayant été reportés d'un an, l’une des principales préoccupations était de savoir si les athlètes du monde entier pourraient effectivement se rendre au Japon. Notamment, et plus particulièrement, les petits États insulaires du Pacifique tels que Guam, Samoa, les îles Salomon, les Îles Cook, Nauru, Kiribati, Tonga et Tuvalu.

OS-2021-PA-featured
© Getty Images

Selon Ricardo Blas, secrétaire général de l’ONOC, « les complications dues au virus, les multiples couches de bureaucraties gouvernementales complexes et parfois changeantes, pour ne citer que ces exemples, ont représenté un réel défi pour notre région ». La solution : le travail d’équipe et, entre autres, un 737 de Nauru Airlines.

« C’est ça la famille olympique », a-t-il déclaré. « Vous essayez de faire en sorte d’être là pour les bonnes raisons. J’ai eu le sentiment que c’est bien ce que nous faisions ».

Ricardo Blas a représenté Guam dans la catégorie poids lourds au judo pour les Jeux Olympiques de Séoul 1988. Il est aujourd'hui président du CNO de Guam et a également été récemment réélu pour un second mandat de secrétaire général de l’ONOC.

L'obligation de chaque CNO à être représenté par une délégation d’athlète pendant les Jeux a été rappelée seulement quelques semaines avant la cérémonie d'ouverture de Tokyo. Il s’agit en effet de la règle 27.3 de la Charte olympique (« chaque CNO est dans l’obligation de participer aux Jeux de l’Olympiade en envoyant des athlètes »). Cette règle a pris une tout autre dimension à Tokyo dans le contexte de la pandémie.

Au niveau de l’ONOC, certains athlètes avaient été retenus à l’étranger, en dehors de leur pays de résidence. Au moins un État envisageait sérieusement de ne pas participer aux Jeux pour la bonne raison que si les athlètes se rendaient au Japon, les faire revenir serait une autre affaire et pourrait s’avérer compliqué. Par ailleurs, le prix des billets avait triplé dans certains États.

Au sein du Mouvement olympique, tout repose sur les relations, pour ainsi dire. Un message adressé à l’époque par le CIO à l’ONOC illustre l’excellente relation que les deux organisations entretiennent : « Faites au mieux [pour que tous vos CNO envoient des athlètes à Tokyo]. N’hésitez pas à nous en informer si vous rencontrez le moindre obstacle. Nous ferons tout notre possible pour vous aider si nous pouvons le faire »...

C’est d’ailleurs ce que fit le CIO, en versant un demi-million de dollars.

La qualité des relations au sein de l’ONOC a également joué un rôle fondamental.

La première personne contactée par Ricardo Blas est Marcus Stephen, triple champion olympique en haltérophilie (1992-2000) et médaillé d’argent aux championnats du monde de 1999, président du CNO de Nauru (depuis 2009), président de Nauru (2007-2011) et président du Parlement de Nauru depuis 2019. « Serait-il possible d'affréter un avion ? » demanda Ricardo Blas. « Appelons le Dr Keke », répondit Marcus Stephen.

— Le docteur Keiren Keke est le vice-président du CNO de Nauru et ancien ministre des Affaires étrangères

Citons aussi :

— Tenoa Betene, secrétaire général du CNO de Kiribati

— Elu Tataua, secrétaire général, CNO de Tuvalu

— Martin Rara, président du CNO des Îles Salomon

— Et, bien évidemment, le docteur fidjien Robin Mitchell, président de l’ONOC et membre du CIO

Le rôle joué par Robin Mitchell ? Il a adressé des lettres officielles aux gouvernements de Nauru, Kiribati, Tuvalu et des Îles Salomon concernant les protocoles en matière de santé et de sécurité dans le cadre des Jeux. Il se trouve que Keiren Keke, en plus d’être l’un des rares médecins de son pays, est également président de Nauru Airlines.

Peut-être serait-il possible d’affréter l’un de ses Boeing 737-300 pour se rendre à Tokyo ? Pour ne rien arranger, à ce moment-là, Keiren Keke se trouvait à Brisbane (Australie) pour des raisons familiales. Ce qui ne l'a pas empêché de répondre : « Je m’en charge ».

Une semaine et demie plus tard, un plan et un avion étaient prévus : un avion viendrait récupérer une première délégation aux Îles Salomon, puis une autre à Tuvalu, pour voler jusqu’à Nauru. Les délégations restantes embarqueraient de là pour Tokyo.

Pendant ce temps, Ricardo Blas, qui était déjà au Japon, a reçu des photos des personnes à bord et les certificats de vaccination requis.

Mais ce n’est pas tout. Il y eut un autre contretemps. L’avion a atterri à Palau, pour faire le plein. Les mesures nécessaires avaient-elles été prises au préalable afin d’obtenir les autorisations de rigueur pour se poser sur le sol japonais ? Non. Les autorités japonaises ont dû être appelées en urgence pour que l’avion puisse atterrir à Tokyo.

Comme nous le savons tous désormais, 205 pays - plus l’équipe olympique des réfugiés constituée par le CIO - ont défilé lors de la cérémonie d’ouverture de Tokyo.

Et au final, toutes les personnes vivant dans le grand Pacifique ont pu rentrer chez elles après les Jeux. Mais il s’agit là d’une autre histoire, marquée par une complexité et une bureaucratie peut-être encore plus lourdes. « Je suis content », a affirmé Ricardo Blas avec un sourire, « c’est fini ».

Actualités liées