Le CNO du Yémen, pays où l’espoir est le mot d’ordre, met à l’honneur une commission des athlètes aux pratiques exemplaires
Le Yémen est frappé par une guerre civile qui sévit depuis 2014. Cette crise humanitaire figure parmi les pires existantes au monde. Quel rôle le Mouvement olympique joue-t-il dans un endroit où règne une telle violence ?
Certains diront que son rôle est futile. Voire même pire. Sans aucun intérêt. D’autres vous répondront tout le contraire. Que les idéaux défendus par le Mouvement olympique peuvent, vont, et même doivent être poursuivis au Yémen, car en définitive, où que nous vivions dans ce monde profondément troublé, ce dont nous avons besoin en tant qu’êtres humains, c’est de l’essence même des Jeux Olympiques. De l’espoir. Des rêves. Une source d’inspiration.
En 2019, le siège du Comité National Olympique a été détruit. L’aéroport de Sanaa, la plus grande ville du Yémen, a souvent été fermé ; pour quitter le territoire en avion, il faut faire un long et dangereux trajet en voiture vers le sud du pays, jusqu’à Aden. Néanmoins, en gage de résilience, voire de courage, le CNO est aujourd’hui à nouveau sur pied et a repris ses fonctions. A-t-il besoin de plus de fonds ? Certainement. Le Yémen a-t-il envoyé une délégation aux Jeux de Tokyo ? Oui, cinq athlètes, dont deux femmes.
« Nous nous rendons au bureau chaque jour pour travailler », a déclaré le secrétaire général du CNO, Mohamed Abdullah Al-Ahjri, dans le cadre d'un entretien via Zoom. « Le Comité Olympique est en activité ».
Ce qui est remarquable n’est pas seulement le fait que le CNO soit actif, mais plutôt que ce CNO en particulier porte un symbole révélateur de son engagement envers la gouvernance et la culture : à savoir une commission des athlètes ; qui elle aussi est active.
La commission yéménite, fondée en 2003, offre aux athlètes du pays (les cinq qui sont allés à Tokyo comprenaient deux nageurs et un sprinter, un judoka et une tireuse) la possibilité, comme tout autre athlète dans le monde, de faire entendre leur voix auprès des instances dirigeantes de leur sport.
Un quatrième cycle d’élection était prévu en 2016 pour désigner les membres de la commission. Avec l’éclatement de la guerre en 2014, les élections ont dû être repoussées en janvier 2020, au cours desquelles 37 représentants des athlètes se sont réunis, les femmes athlètes étant pour la première fois invitées à prendre part au vote.
Par la suite, il a été possible de prétendre aux fonds de la Solidarité Olympique. Le judoka All Khousrof, qui a participé aux Jeux en 2008 et en 2012, a été élu pour présider la commission.
« Cette étape est porteuse d’espoir », a déclaré All Khousrof. Bien sûr, la pandémie a fait irruption à peine deux mois plus tard. Entre-temps, le boxeur Mohammed Al Qarnas a succédé à All Khousrof.
Néanmoins, au cours des mois qui suivirent, la commission des athlètes du Yémen a tenu tous - absolument tous - les séminaires prévus. Elle a même organisé des cours d’anglais pour perfectionner les compétences de ses membres, dans un pays où l’arabe est de loin la langue dominante.
À tous points de vue, ces initiatives devraient être considérées comme des meilleures pratiques pour les CNO. D’autres pays devraient prendre exemple sur le Yémen.
« Nous devons continuer, nous n’avons pas le choix », a déclaré Al-Ahjri. « Les athlètes sont du même avis. Nous sommes habitués à la situation. Nous devons nous adapter ».
En outre, plusieurs femmes ont été élues au sein de la commission à l'occasion du vote de 2020. La secrétaire générale n’est autre que la tireuse Amal Mudhish Al Sabri, mère de deux enfants, chercheuse et titulaire d’un master en sciences sociales.
Quelques mois plus tard, Amal Mudhish Al Sabri s’est présentée pour disputer une épreuve de 10 m carabine à air comprimé, organisée par l’ISSF à New Delhi - le Comité olympique yéménite ayant payé le voyage en avion et l’hébergement en hôtel pour elle et son fils alors en bas âge. Non sans une certaine ironie compte tenu de tous les événements qui se produisaient au Yémen, elle n'avait pas d'arme avec elle.
Gagan Narang, médaillé de bronze à Londres en 2012, lui a accordé un prêt. Amal Mudhish Al Sabri avait déclaré à l’époque : « Je rêve de devenir championne du monde, de participer aux Jeux Olympiques et d’obtenir un doctorat en sciences sociales.