Nous le savons depuis l’enfance : les Jeux Olympiques rassemblent tous ceux que l’histoire et la géographie séparent. Le podium rapproche les adversaires ; la compétition permet la rencontre de langues, de religions et d’ethnies différentes ; les cérémonies d’ouverture et de clôture réunissent des nations aux antagonismes séculaires.

La magie opère tous les deux ans, en été et en hiver, et en 2026, notre planète déchirée par les conflits aura bien besoin de son lot de miracles. Ici, en Italie, un petit prodige s’est déjà produit : les Jeux Olympiques réuniront pour la première fois ces « montagnes italiennes » qui, par leur histoire et leurs traditions, sont plus différentes et souvent beaucoup plus éloignées les unes des autres que ne le laisse imaginer la courte distance qui les sépare.

Les Jeux Olympiques d’hiver de 1956 ont été très brefs (11 jours de compétition) et concentrés sur une petite zone autour du centre historique de la merveilleuse Cortina d’Ampezzo. Ceux de 2006 ont duré 16 jours et se sont étendus à toute la province de Turin, mais sans en dépasser les frontières. Les Jeux de 2026 seront les premiers de l’histoire à impliquer l’ensemble des montagnes italiennes et à dépasser les divergences issues de l’histoire moderne complexe du pays.

Les montagnes de Cortina, l’un des points névralgiques des Jeux, le Val di Fiemme, royaume du ski nordique et du patinage, et Anterselva, capitale du biathlon, ne font partie du territoire italien que depuis un peu plus d’un siècle (elles ont été annexées en 1920, après la conférence de Paris). Imprégnées de traditions européennes, ces régions portent aussi les stigmates des batailles sanglantes de la Grande Guerre, dont elles ont été témoin en tant que territoires frontaliers.

En somme, ceux qui connaissent bien nos Alpes savent parfaitement que le concept de « montagnes italiennes » est purement géographique : des espaces circonscrits aux frontières nationales. La réalité est plus complexe.

Il suffit d’écouter les langues parlées dans les localités où se dérouleront les Jeux : dans ces montagnes, l’italien est toujours la deuxième ou troisième langue.

À l’école, dans les habitations, dans les bâtiments publics et à la maison, on parle le ladin, le mochène, le cimbre, le romanche, le camunien (presque éteint), le badiot, le fodom, le tyrolien de Sappada, celui de Sauris ou de Timau. Ces langues et d’autres encore sont utilisées dans les journaux et à la télévision régionale et sont, à juste titre, source de fierté pour leurs locuteurs.

Les langues des montagnes italiennes (et non les dialectes, qui sont encore à part) sont le merveilleux héritage d’une histoire millénaire et recèlent des traditions, des secrets, des règles et des cultures profondément ancrés. Les communautés locales les préservent et les transmettent jalousement. Entre les divers sites des Jeux Olympiques d’hiver de 2026, les rivalités administratives (statuts spéciaux, privilèges différents, écarts dans les investissements publics) n’ont jamais manqué, influençant également l’offre touristique sportive estivale et hivernale et créant parfois des disparités.

Les Jeux Olympiques de Milano Cortina 2026 résultent d’un long et minutieux travail de médiation qui porte d’ores et déjà ses fruits : chacun des six sites olympiques italiens a été reconnu pour sa vocation sportive naturelle. Le Val di Fiemme, héritier de la tradition du ski nordique et du saut à ski, arrivée des pays scandinaves dans les années 1950 ; Cortina, berceau du bobsleigh, qui abrite aussi certaines des pistes de ski alpin les plus célèbres d’Europe ; Anterselva, de tous temps pôle d’excellence mondial du biathlon ; Bormio et Livigno, paradis du ski alpin. Et enfin Milan qui, avec ses salles multisports, offre un écrin idéal au patinage et au hockey sur glace, et ouvre les portes de San Siro, son temple du football, pour la cérémonie d’ouverture.

Il est toujours difficile de mettre en place des projets sportifs de grande envergure tels que les Jeux Olympiques en Italie, en raison de la crainte (parfois légitime, compte tenu des événements passés) de ne pas être à la hauteur de la situation. Les Jeux de Milano Cortina 2026 veulent être les premiers Jeux d’hiver véritablement durables de la longue histoire olympique, les premiers à laisser un héritage permanent et écologique sur des territoires sensibles, et cette volonté est déjà un achèvement énorme en soi.

Par Marco Bonarrigo

Diplômé en architecture et urbanisme de l’Université IUAV de Venise, Marco Bonarrigo est correspondant sport et grands reportages pour le Corriere della Sera, pour lequel il couvrira les Jeux Olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026. Il a déjà suivi six éditions des Jeux, 20 Tours de France et des centaines d’autres événements sportifs.

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