Türkiye: faire une réelle différence pour les réfugiés
Un mémoire MEMOS qui aboutit en projet concret
La crise des réfugiés fait partie des plus grands défis humanitaires de notre époque. Selon l’ONU, la Syrie représente à elle seule 3,6 millions de personnes ayant fui leur pays pour échapper à des années de violence. Selon le ministère de l’Intérieur de la Türkiye, le pays compte un million de réfugiés âgés de 4 à 17 ans.
Sont-ils scolarisés ? Quelle langue parlent-ils ? Quelle est leur culture ? Comment les aider à s'intégrer ? Par où commencer ?
L’Olympic Refuge Foundation a lancé un projet regroupant plusieurs parties, actuellement déployé dans plusieurs villes turques. Ce projet a pour ambition de se servir du sport comme d'une passerelle pour atteindre plus de 37 000 jeunes et enfants. Autres acteurs clés : le ministère national de la Jeunesse et du Sport, le HCR de Türkiye, le Comité National Olympique turc et une ONG turque, l’Association pour la solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants (ASAM).
Le bon sens veut que, pour réunir autant de parties, il ne faut avoir aucun doute sur le fait que l’initiative produira des résultats.
Comment s’en assurer dans ce cas précis ?
L’histoire qui se cache derrière tout cela : un brillant mémoire de fin d’études de la promotion MEMOS XX du programme de master exécutif en gestion des organisations sportives, soutenu par la Solidarité Olympique. Fondé en 1995, et pouvant depuis toujours compter sur un solide soutien du CIO, ce programme est ouvert aux responsables d’un large éventail d’organisations sportives. Pour aider les étudiants en MEMOS soutenus par leur CNO, la Solidarité Olympique couvre leurs frais de scolarité et leur délivre une subvention de participation.
Il est assez rare qu’un mémoire franchisse les portes de l’université pour se transformer en projet concret dans la vraie vie, mais c’est l’exploit que celui dont nous allons vous parler a réussi à accomplir.
Rédigé par Tuğçe Örsoğlu, universitaire turque, le mémoire de 44 pages intitulé « Reaching beyond the border: Syrian refugee children and Olympic education,” (Dépasser les frontières : enfants réfugiés syriens et éducation olympique), décrit dans les détails l’impact d’un programme de bien plus petite envergure déployée dans les années 2016-2020 à Gaziantep, un point de passage important pour les réfugiés situé dans le sud-centre de la Türkiye, à environ 150 km au nord d’Alep, Syrie.
Sur place, le CNO turc, rejoint par la ville, puis par la Confédération allemande des sports olympiques (DOSB), qui a travaillé avec la GIZ (Association allemande chargée de la coopération internationale pour le développement), basée à Bonn, ont organisé pour les enfants locaux et syriens des activités de karaté, de taekwondo, de lutte, de basketball, de volleyball, de badminton, de gymnastique, de judo et de tir à l’arc.
Durant la dernière année, 10 formateurs ont encadré 200 enfants syriens et 300 enfants turcs.
Diplômée depuis lors d’un doctorat sur le thème des réfugiés et de l’éducation olympique à l’Université Gazi d'Ankara, Tuğçe Örsoğlu écrivait dans son mémoire de master MEMOS : « [...] D’abord nerveux et timides, les enfants syriens ont retrouvé le sourire avec le temps. » Ou bien encore : « [...] un slogan a été adopté pour le programme : Des pleurs aux sourires. »
Est-il possible de redonner le sourire à toute personne triste ? Probablement pas. Sachant que des millions de personnes ont été déplacées, peut-on considérer le fait de toucher des milliers de personnes, comme les autorités cherchent à le faire aujourd’hui, comme une panacée ? Évidemment que non. La brutale réalité est que Gaziantep a été presque totalement détruite par le tremblement de terre qui a frappé la Türkiye en 2023.
Mais pour toutes ces raisons, la moindre étincelle de bonté ne vaut-elle pas la peine d’être recherchée dans notre monde fragile ?
Le ministère savait que la course organisée à Gaziantep avait produit des résultats concrets, et le CNO turc connaissait la jeune femme et son travail. « C’était un très bon projet », a affirmé Tuğçe Örsoğlu. Maintenant, il faut passer à la vitesse supérieure et le mettre en œuvre dans plusieurs villes, afin de l’étendre à tout le pays.
Parlant du projet de Gaziantep, Tuğçe Örsoğlu a déclaré : « il a été bénéfique pour des enfants et leurs familles. Les familles étaient apeurées. Ils craignaient que quelque chose de grave se produise en Türkiye pour leurs enfants, parce qu'ils ne se connaissent pas entre Turcs et Syriens. Puis leurs enfants se sont rencontrés, et ils ont vu. Tout le monde l’a vu. Leurs enfants étaient en sécurité dans la salle de sport ».