Des flèches pour la paix : « nous tirons pour marquer des points, pas pour tuer »

Célébration des valeurs olympiques au Kenya

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© Esther Tomoina, from Ewaso, Kajiado County, Kenya: “I want to use my talent to stop the war in my community.”

En Afrique de l’Est, le vol de bétail est un véritable problème de société. 

Ce phénomène est notamment lié au changement climatique et à la pénurie de nourriture, qui peut conduire une tribu à tuer le bétail d’une autre tribu pour se nourrir. Pire encore, il s’agit d’un commerce important, d’une entreprise criminelle qui coûterait à la région dans les 25 millions d’USD par an selon les estimations. 

Pour mener à bien leurs larcins, ces cowboys des temps modernes préfèrent utiliser des arcs et des flèches.

Et si le Comité National Olympique du Kenya (CNO-K) parvenait à exploiter cette habileté au tir autrement qu’à des fins de violence et de conflit ? En le dirigeant vers le sport, par exemple ? Comme le tir à l’arc ? Les Kenyans sont bien connus à travers le monde pour leurs capacités en course. Pour leurs jambes. Et leurs mains ?

C’est dans ce contexte qu’une initiative intitulée « Des flèches pour la paix » a été lancée pendant plusieurs mois en 2022, dans différentes provinces du Kenya et aux alentours. 

Paul Tergat, président du CNO-K, membre du CIO, et coureur de légende, a qualifié cette initiative de « révolutionnaire et stimulante par son approche innovante du sport ».

Cette initiative n’est pas seulement motivée par le fait que le Kenya pourrait bientôt développer des talents de classe olympique dans le domaine du tir à l’arc, ce que le CNO-K reconnaît ouvertement. « Des flèches pour la paix » est dirigée par une fondation supervisée par une femme : Irene Limika, championne nationale kenyane de steeple. Cette dernière est épaulée par une autre femme, Susan Adhiambo, employée du CNO, pour diriger le programme. Dans une culture guerrière résolument masculine, les deux femmes encouragent activement les femmes et les jeunes filles à s’initier au tir à l’arc. 

Dans un contexte sportif.

« Dans mes communautés, ce sont les hommes qui sont autorisés à utiliser les arcs et les flèches », a déclaré Irene Limika. « Les femmes n’en ont pas le droit. J'ouvre la voie vers un nouveau monde. » Par ailleurs, comme le président du CNO a pu l’observer sur le terrain : « Ces femmes sont très douées à l’archerie. Elles utilisent les arcs pour le plaisir du sport, et c’est une excellente chose ».Paul Tergat pense même que ce projet pourrait avoir une incidence sur l’économie locale :« Nous assistons à une transformation, notamment car nous faisons aussi appel à des artisans locaux pour fabriquer les flèches. »

Esther Wakhiya, du comté de Bungoma dans l’ouest du Kenya, a affirmé : « Je ne vois plus du tout le sport de la même manière. Qui aurait cru que des flèches pourraient un jour symboliser la paix ? Pas quelqu’un de chez nous en tout cas ! »

Le projet s’est déroulé en trois parties en 2022. 

En février, une activité préliminaire a été organisée à Kajiado, à environ 80 km au sud de Nairobi, sur la route vers la Tanzanie et le Kilimandjaro, afin de tester le projet en conditions réelles. 

Après avoir tiré les leçons de cette expérience, d’autres camps ont été organisés dans la célèbre vallée du Rift, l’un en juin et l’autre en septembre. Tous deux d'une durée de trois jours, et s'achevant par une compétition. Les soirées étaient consacrées à des ateliers sur les valeurs olympiques. Le principal objectif de cette démarche était d'entrer en contact des voleurs, en espérant qu'ils reviennent à une « coexistence pacifique au sein de leurs communautés ».

Susan Adhiambo a affirmé : « Nous leur avons dit ‘vous jouez avec des armes. Et si vous vous faites tirer dessus ?’ Ils ont répondu que ça ne serait pas un problème. Vous imaginez, quelqu’un avec cette mentalité ? Ils n'ont peur de rien. Ce ne sont que des enfants. Ils ont 14-15 ans. »

« Nous y avons vu un problème à régler. S’ils ont cette mentalité alors qu’ils ne sont que des enfants, imaginez un peu quel genre de personnes ils pourraient bien devenir à l’âge adulte ? »

Combien de personnes ont été sensibilisées ? Au niveau du sport amateur : 100 hommes et 60 femmes. Au niveau du grand public : 200 hommes et 200 femmes. Au niveau des anciens : Deux hommes et 20 femmes. 

Pour les organisateurs, la prochaine étape serait que le gouvernement – ou une ONG – prenne conscience de la portée du programme. Susan Adhiambo a ajouté : « On revient toujours nous voir en nous demandant : ‘Quand est-ce qu’on pourra le refaire ?’ » Pour Paul Tergat, il est évident que son CNO poursuivra son engagement et que l’initiative « Des flèches pour la paix » n'est pas prête de s'arrêter : « Nous espérons que ce projet continuera de vivre encore pendant de nombreuses années, et je tiens à remercier la Solidarité Olympique pour son soutien, qui est fondamental car ce projet va grandir. Nous espérons ainsi qu’à l’avenir nous produirons de nombreux champions en archerie. »