Un bel exemple à suivre : au Bhoutan, la quête du Bonheur National Brut passe par l'activité physique à l'école
Le CNO met en place des activités sportives pour lutter contre les mauvaises habitudes de vie chez les jeunes
Une tendance inquiétante semble néanmoins se dessiner ces derniers temps, tendance que le Comité National Olympique du Bhoutan s’est senti le devoir d’examiner pour mieux intervenir. Dans le cadre des festivités organisées pour célébrer la Journée olympique de 2024, des tests de condition physique réalisés auprès de 1 200 jeunes ont révélé que nombre d’entre eux présentaient des faiblesses en matière de capacité cardiovasculaire et de force physique.
Le Bhoutan, comme beaucoup d’autres pays, pâtit des effets néfastes liés aux modes de vie modernes, tels que la mauvaise alimentation, la dépendance au numérique et la sédentarité, en particulier chez les jeunes.
Face à cette tendance, le CNO bhoutanais, à l'initiative de son président, SAR le Prince Jigyel Ugyen Wangchuck, s’est associé au ministère de l’Éducation et du Développement des compétences pour mettre en œuvre un projet visant à favoriser la pratique du sport en milieu scolaire (« Sports in School Project »).
Soutenu par la Solidarité Olympique, ce projet a pour objectif d'améliorer l’état de santé et la condition physique des élèves grâce à des programmes sportifs structurés, à l’éducation aux valeurs olympiques et à la participation régulière à des événements sportifs organisés.
Il vient compléter les cours d’éducation physique déjà en place tout en accordant une attention particulière à l’engagement des élèves, au leadership, au travail d’équipe et au développement personnel. Ce projet a également pour objet de favoriser l’identification et l’accompagnement des jeunes talents ayant le potentiel nécessaire pour représenter le Bhoutan au plus haut niveau.
Après un premier déploiement pilote dans le plus grand établissement scolaire de la capitale, Thimphou, le projet a été mis en œuvre dans trois nouvelles écoles en 2025. Le point d’orgue du projet aura été une fête du sport, dans le cadre de laquelle les élèves les plus prometteurs se sont affrontés lors de compétitions d’athlétisme, de basketball, de football et de volleyball.
Plusieurs « success-stories » sont déjà attribuables à ce projet. Sangay Peldon, âgée de seize ans, a pleinement profité du projet après sa mise en œuvre dans l’école publique des forces armées de Chundu où elle était scolarisée. Pratiquant la boxe depuis 2018, l’adolescente a affirmé que le nouveau programme lui avait permis de bénéficier d’un entraînement supplémentaire et de davantage d’opportunités de participer à des compétitions.
Son talent naturel a été tout de suite remarqué, ce qui lui a valu d’être rapidement sélectionnée pour représenter le Bhoutan aux Jeux asiatiques de la jeunesse de 2025, tenus à Bahreïn, où elle est entrée dans l’histoire en devenant la première Bhoutanaise à remporter un combat international de boxe.
« Le projet Sports in School […] m’a permis de comprendre que le sport est bien plus qu'un jeu. Le sport vous apprend à prendre confiance en vous, mais aussi la discipline, le travail d’équipe et le leadership », a déclaré Sangay Peldon. « Il m’a prouvé que le sport peut véritablement changer des vies. »
Pour l’heure, quelque 5 900 élèves ont déjà bénéficié du programme. Le CNO bhoutanais a également pensé à créer des postes valorisants pour les élèves moins intéressés par le sport, notamment dans les domaines de la photographie, de la vidéo, du journalisme étudiant, du soutien événementiel et de l’entrepreneuriat sportif pour les jeunes. Ainsi, des élèves aux intérêts et aux aptitudes variés ont pu s’impliquer et profiter pleinement de l’environnement sportif. Grâce à ces élèves, la fête du sport s'est déroulée dans une véritable atmosphère olympique, avec des interviews, des stands de restauration, l’affichage des résultats en temps réel et la production de contenus pour les réseaux sociaux.
Selon Tshering Sonam Karma, secrétaire général du CNO bhoutanais, l’occasion était idéale pour illustrer toutes les manières de s’épanouir au sein de l’écosystème sportif. « Généralement, les parents bhoutanais estiment que l’on ne peut pas vivre du sport », a-t-il déclaré. « Ce que nous essayons de montrer, c’est que le sport ne se résume pas à la pratique physique. Il présente de nombreuses autres facettes, telles que la médecine du sport, la psychologie, la nutrition et le journalisme. Le sport offre une multitude d’opportunités qui vont bien au-delà de l'aire de compétition. »
Meera Regmi en est un parfait exemple. Élève de 16 ans au lycée de Khangkhu, Meera rêve de devenir psychiatre, mais aime également les mots et les histoires, ce qui l’a amenée à s’essayer au journalisme dans le cadre du projet Sports in School. Une initiation qui a fait naître en elle une véritable passion pour ce métier, et donné l'opportunité d’être invitée par Conseil Olympique d’Asie (OCA) à représenter le Bhoutan en tant que journaliste accréditée aux Jeux asiatiques de 2026 au Japon.
« Nous ne voyons plus le sport scolaire de la même manière depuis que nous avons bénéficié de ce programme », a déclaré Meera Regmi. « Nous avons bien compris que le sport, c’est bien plus que courir, faire des passes ou marquer des points. Il est tout à fait possible de trouver sa place dans le sport sans avoir à se cantonner à l’aire de compétition. Votre place sera là où votre passion vous guidera. »
S'il reste à voir les bénéfices à long terme sur la santé des jeunes bhoutanais, l’impact immédiat du projet Sports in School est indéniable. De la montée en puissance de l’engagement des élèves à la découverte de talents sportifs de haut niveau, les mentalités évoluent rapidement. Avec 10 écoles supplémentaires prévues en 2026 et un déploiement à l’échelle nationale en 2027, il est évident que le Bonheur National Brut n’est plus qu'un simple rêve au Bhoutan. Il se construit activement, une école après l’autre.