L’équipe olympique des réfugiés ouvre une nouvelle ère pour l’Afrique
Les épreuves de sélection pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse organisées au Kenya et en Ouganda ont attiré plus de 1 000 jeunes réfugiés.
Pour la plupart des athlètes, les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 pourraient marquer un tournant dans leur carrière. Mais pour un groupe en particulier, il s’agit de l’opportunité d'une vie. Organisées par l’Olympic Refuge Foundation (ORF) en partenariat avec World Athletics, les CNO du Kenya et de l’Ouganda et quatre fédérations nationales, les épreuves de qualification pour les sports d'équipe se sont déroulées en février et novembre 2025. Elles ont reçu un accueil spectaculaire : plus de 1 000 réfugiés se sont présentés aux épreuves ouvertes organisées avec le soutien de World Athletics, amené à superviser l’essentiel des athlètes qui composeront l’équipe.
« Lors des épreuves de sélection organisées au Kenya, j’ai été impressionnée par ces athlètes, pour leur résilience, leur détermination et leur volonté de changer leur vie », a déclaré la coureuse kényane Janeth Jepkosgei Busienei, championne du monde et médaillée olympique, membre de l’équipe d’experts en charge de l’identification des talents et de l'entraînement des espoirs pour les JOJ. « Ils se présentaient sans rien, certains s’entrainent seuls, sans entraîneur, mais leur force mentale et leur endurance naturelle étaient déjà comparables à celles d’athlètes de rang mondial », a-t-elle déclaré.
Un sentiment partagé par le Dr Donald Rukare, président du Comité National Olympique ougandais, qui estime que les épreuves de sélection organisées dans son pays ont eu un effet profond sur les réfugiés qui y ont pris part. « On a pu voir à quel point le sport leur avait vraiment donné de l'assurance et leur avait offert une tribune » explique-t-il. « Ils étaient courageux, ils étaient confiants... Pour la première fois, on a pu voir que le sport leur avait donné un espoir, l’espoir de transformer leur vie ».
Au Kenya, un garçon et une fille ont été sélectionnés dans chacune des disciplines athlétiques éligibles pour Dakar 2026, et 12 coureurs supplémentaires ont été retenus à l’issue des épreuves en Ouganda. Ce groupe d'athlètes composera une partie de l'équipe olympique de jeunes réfugiés pour Dakar, qui sera notamment complétée par quatre taekwondoïstes et deux judokas.
L’Afrique comptant plus de 47 millions de personnes déplacées de force, dont plus de la moitié sont des enfants, l’ORF y concentre la majorité de ses efforts en se servant du sport pour soutenir les jeunes de ces populations. Avec deux millions de réfugiés rien qu’en Ouganda, Donald Rukare estime qu’il est tout à fait normal que son CNO joue un rôle moteur dans l’organisation de camps d’entraînement. « Notre pays est cerné de nombreux conflits, et nous en avons nous-mêmes été souvent victimes », explique Donald Rukare. « L’ouverture aux personnes d’autres pays faisant face à des difficultés est inscrite dans notre ADN ».
Pour Alice Annibali, responsable des relations communautaires et des affaires publiques chez World Athletics, les épreuves de sélection organisées en 2025 s’inscrivent dans une réorientation plus large de la stratégie en faveur des jeunes que l'instance dirigeante mondiale a initiée il y a quelques années avec sa première équipe d’athlètes réfugiés de moins de 20 ans. Loin d’être simplement une voie d’accès pour les athlètes de haut niveau à Dakar 2026, les travaux que la fédération mène avec l’ORF visent à démontrer que le sport peut également être un outil en faveur de l’inclusion, de l’unité et du bien-être mental des personnes déplacées. « Chaque étape franchie a des répercussions positives, qu’il s’agisse de suivre un entraînement structuré, de participer à des épreuves de sélection nationale ou de progresser vers la sélection internationale » a déclaré Lydia Murungi, cheffe de projet pour Game Connect, le programme de soutien financé par l’ORF qui a mené la campagne de recrutement pour les épreuves de sélection ouvertes dans les camps de réfugiés d’Ouganda. « Ces récits renforcent la prise de conscience que les rêves des jeunes réfugiés sont légitimes et réalisables et méritent qu’on les soutienne, positionnant ainsi le sport en tant que catalyseur de la résilience, de l’éducation et de futurs moyens de subsistance. »
L’ensemble des athlètes sélectionnés est dorénavant soutenu par les subventions de développement des jeunes athlètes de la Solidarité Olympique, grâce auxquelles ils pourront s'entraîner et acquérir des compétences de vie fondamentales, notamment sur les plans de la gestion des finances, la nutrition et l’éducation. Ils bénéficient également de mentorats de la part de grands noms du sport, à l’exemple du double champion olympique kényan de marathon, Eliud Kipchoge.
Pour aider les athlètes à se préparer à la scène internationale, les réfugiés participeront au moins à deux championnats nationaux juniors organisés sur le continent africain en amont des JOJ. Il est également prévu qu’ils prennent part en 2026 à un camp d’entraînement organisé conjointement par l’ORF et World Athletics.
Alors que le compte à rebours continue jusqu’au premier événement olympique jamais organisé sur le sol africain, Dakar 2026 est aujourd'hui un objectif tangible pour ces athlètes. Et lors de chaque session d’entraînement, après chaque pas réalisé vers la concrétisation de leur objectif, les jeunes réfugiés réécrivent leur histoire personnelle, en ne se définissant plus par leur origine, mais par leurs ambitions.