Transition de carrière des athlètes : un nouveau cursus sur l’intégrité du sport ouvre des opportunités académiques pour les olympiens
En accordant plus d’importance au potentiel qu’aux critères de sélection, le programme ACTSI ouvre aux athlètes de nouvelles perspectives de sélection
Lorsque le boxeur de l’équipe olympique des réfugiés Eldric Sella Rodríguez s’est inscrit en 2025 au cours de transition de carrière des athlètes en éthique et intégrité du sport (ACTSI) de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, il avoue lui-même ne pas s’être senti dans sa zone de confiance.
« Il a toujours été plus facile pour moi de monter sur le ring pour me battre que de m’asseoir dans une classe avec un stylo », a admis le boxeur vénézuélien. L’athlète de 29 ans, membre de l’équipe olympique des réfugiés formée par le CIO pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, a consacré 18 ans de sa vie à son sport. « J’ai réalisé que je ne devais plus me contenter d’être un boxeur. J’ai bien d’autres talents que mes seuls poings. »
Avec seulement un diplôme du secondaire en poche, Sella a rapidement dû admettre que ses options étaient limitées après sa carrière sportive. Comme de nombreux olympiens qui se vouent corps et âme à leur sport pour poursuivre leurs rêves, l’enseignement supérieur est longtemps resté pour lui au second plan.
Pour combler en partie cette lacune, la Solidarité Olympique s’est tournée vers les professeurs Michael McNamee et Thomas Könecke, exerçant tous deux à l’Université catholique de Louvain, qui, du haut de ses 600 ans d’existence, est la plus vieille mais aussi la plus grande université de Belgique et de ses environs. Leur mission était d’élaborer un cours d’initiation à l’éducation à l’intégrité afin d’ouvrir des opportunités pour les olympiens cherchant à améliorer leurs perspectives de carrière grâce à une formation universitaire.
De là est né l’ACTSI, cours de transition de carrière des athlètes en éthique et intégrité du sport, un programme hybride de quatre semaines, comprenant une semaine en ligne et trois semaines sur le campus, inspiré du prestigieux master en éthique et intégrité (MAiSI) de l’université.
Lancé peu après les Jeux Olympiques de Paris 2024, le programme ACTSI traite d’éthique, de philosophie, de droit et de sciences sociales dans le contexte du sport, en se concentrant sur des aspects pratiques allant de la lutte contre le dopage à la bonne gouvernance, en passant par la pratique du sport en toute sécurité et la manipulation des compétitions.
« Le cours donne aux étudiants les compétences dont ils ont besoin pour devenir des ambassadeurs du sport dans leur propre pays », explique Victoire Pauline L’or Ngon Ntame, ancienne élève de l’ACTSI, qui a représenté le Cameroun en volleyball aux Jeux Olympiques de Rio 2016. « Il donne également une base universitaire à celles et ceux qui désirent poursuivre leurs études dans le domaine du sport, en particulier le sport propre et la défense des athlètes. »
La deuxième édition de l’ACTSI s’est déroulée du 18 août au 12 septembre 2025. Sella et Ntame comptaient parmi les olympiens de cette deuxième promotion, composée d’étudiants ayant participé à dix éditions différentes des Jeux et originaires de pays aussi divers que le Burundi et Trinité-et-Tobago.
Une des grandes forces de ce programme est d’accorder plus d’importance au potentiel de chaque étudiant qu’à des critères de sélection plus classiques, tels qu’un diplôme de licence ou la maîtrise de l’anglais, des obstacles auxquels les athlètes sont souvent confrontés lorsqu’ils entament leur transition professionnelle.
« Nous voulons former des personnes passionnées par le sport, auxquelles nous pouvons donner des outils pour leur permettre d’avoir un réel impact une fois de retour dans leur pays », a expliqué le professeur McNamee, qui est également à l’origine de la création du master en éthique et intégrité du sport (MAiSI) en 2015. « Dans les petites nations, il est probable que nos étudiants seront les seuls de leur pays à avoir été formés à l’intégrité du sport. »
Le triathlète mauricien Jean Gael Laurent L’Entete compte parmi ces étudiants. Cet olympien de Paris 2024, déjà titulaire d’un diplôme de niveau licence avant de rejoindre le programme ACTSI, prépare aujourd’hui un master MAiSI. Il se décrit lui-même comme l’un des rares athlètes mauriciens à évoluer dans le sport de très haut niveau tout en ayant suivi une formation universitaire.
Aujourd’hui, son objectif est de faire profiter les autres de ce dont il a bénéficié. « Je souhaite participer à la création d’une section dédiée à l’intégrité à Maurice », explique-t-il. « Dans les pays émergents, la gouvernance peut rapidement s’éparpiller faute de directives claires. Dans un premier temps, c’est dans ce domaine que j’espère faire bouger les choses dans mon pays. »
L’athlète réfugié Eldric Sella Rodríguez a également poursuivi ses études. Malgré son appréhension initiale, il est devenu un étudiant modèle du programme ACTSI, impressionnant ses pairs comme ses enseignants. Cette expérience a profondément transformé son point de vue sur l’enseignement.
« Cette formation m’a permis de faire la paix avec les études », explique-t-il. « J’ai complètement changé d’avis sur l’idée d’aller à l’université. »
Encouragé par les professeurs McNamee et Könecke, Sella cherche activement des moyens de décrocher une licence, idéalement en gestion des entreprises. Il s’attèle actuellement à obtenir un certificat en gestion du sport international par le biais de l’Université de Londres.
« Si vous m’aviez demandé en début d’année si je chercherais un jour à décrocher une licence, je vous aurais pris pour fou », explique Sella. « Mais aujourd’hui, je réfléchis vraiment à passer les quatre prochaines années de ma vie dans une classe ! »