"Bâtir un monde plus sain grâce au sport "

14 octobre 2026, par

Dre Jane Thornton

Directrice du département de la santé, de la médecine et des sciences du CIO

Élargir l'accès à un sport sûr et inclusif peut favoriser la pratique d'une activité physique, améliorer la santé et le bien-être, et renforcer les communautés

Lorsque la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé a invité le monde entier à repenser la notion de santé en 1986, elle a reconnu que la santé se construisait et s'entretenait non seulement dans les hôpitaux et les cliniques, mais aussi au sein des communautés où les gens vivent, étudient, travaillent et se divertissent.

Aujourd'hui, ce message est plus d'actualité que jamais. Partout dans le monde, les systèmes de santé sont confrontés au fardeau croissant des maladies chroniques. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) évalue à 27 milliards d'USD par an le coût associé aux nouveaux cas évitables de maladies non transmissibles sur la période 2020-2030. Pourtant, l’inactivité physique continue de figurer parmi les risques les plus importants pour la santé, alors même qu’elle peut être prévenue.

Bien que son importance soit souvent sous-estimée, le sport peut jouer un rôle déterminant dans l'amélioration de la santé et du bien-être de la population, en tant qu'activité universelle qui transcende les frontières et les langues. Le sport possède une capacité remarquable à transformer des vies. Il contribue à renforcer la confiance en soi, la résilience et le leadership. Il favorise l'inclusion et le sentiment d'appartenance. Il rassemble des personnes issues de cultures, d'origines et de générations différentes comme peu d'autres activités savent le faire.

Cette conception est inhérente à la vision du Comité International Olympique (CIO), qui est de "bâtir un monde meilleur grâce au sport". Les personnes qui décident de pratiquer une activité sportive de manière régulière et durable choisissent de prendre soin de leur santé et de leur bien-être. Et à une époque où les sociétés sont confrontées à des défis sanitaires et sociaux complexes, le sport peut être à la fois un facteur de cohésion et une solution.

RECONNAÎTRE LE SPORT COMME UNE PRIORITÉ EN MATIÈRE DE SANTÉ PUBLIQUE

Lorsque le sport est envisagé comme un levier majeur de l’activité physique plutôt que comme un concept à part, il devient évident que la promotion de pratiques sportives sûres et accessibles constitue l’un des moyens les plus efficaces et durables d’aider chacun et chacune à améliorer sa santé et à la préserver tout au long de sa vie. Les sportives et les sportifs ont deux à trois fois plus de chances d'atteindre les niveaux d'activité physique recommandés par l'OMS.

De plus, les bienfaits du sport dépassent largement sa contribution à l’activité physique. Il favorise notamment le développement de la santé psychosociale chez les jeunes, les sports collectifs se révélant particulièrement bénéfiques pour la santé mentale et le bien-être social. Chez les personnes âgées, il contribue à améliorer la qualité de vie, tout en renforçant les liens sociaux et le sentiment d’appartenance à la communauté. Le sport favorise également l'inclusion sociale, l'intégration et la cohésion au sein des communautés défavorisées. Pour le CIO, garantir aux femmes et aux jeunes filles, aux réfugiés et aux populations défavorisées l'accès à l'activité physique dépasse la simple question de l'équité sur le terrain de sport : il s'agit d'un impératif pour réduire les inégalités en matière de santé.

Les décennies de recherche ayant démontré ces bienfaits permettent aujourd’hui de prendre des mesures décisives en faveur d’un changement durable. La question n'est plus de savoir s'il faut soutenir le sport en tant que facteur clé de la santé, mais comment créer les conditions qui rendent la pratique sportive possible, accessible et attrayante pour le plus grand nombre.

ACCROÎTRE LA PRATIQUE SPORTIVE EST UN CHOIX POLITIQUE

Les sociétés saines ne naissent pas par hasard. Elles sont façonnées par des politiques qui facilitent les choix sains. Le choix de pratiquer un sport, et l'activité physique en général, bien qu'il soit souvent présenté comme relevant de la responsabilité individuelle, est en réalité conditionné par les circonstances. L’environnement dans lequel les personnes évoluent influence fortement leurs possibilités de bouger.

La pratique sportive est plus répandue lorsque les activités proposées sont accessibles, inclusives et pratiques, et qu'elles favorisent les liens sociaux. Les approches visant à réduire les obstacles et à créer des environnements favorables sont largement reconnues comme une stratégie de santé publique. C'est l'une des raisons qui ont motivé la mise en place des programmes en matière d'héritage des Jeux Olympiques. Dans le cadre des Jeux de Beijing 2022, la Chine a favorisé le développement des sports d'hiver à l'échelle nationale, en renforçant les infrastructures, en créant des emplois et en mettant en œuvre des programmes éducatifs et de participation du grand public, mobilisant ainsi 346 millions de personnes. Les Jeux de Paris 2024 avaient aussi pour ambition de faire bouger la France : le sport fait désormais partie du quotidien des élèves, les programmes de natation gratuite ont permis d’initier des dizaines de milliers d’enfants, et la Semaine olympique et paralympique a réuni plus de cinq millions d’élèves depuis 2017, une dynamique appelée à se poursuivre à l'approche des Jeux Olympiques d’hiver Alpes 2030. À Paris, 38 programmes de sport citoyen nés dans le sillage des Jeux – des séances réservées aux femmes sur les courts publics aux nouvelles sections de clubs destinées aux athlètes en situation de handicap – bénéficient chaque année à quelque 50 000 personnes. Depuis les Jeux, huit Français sur dix déclarent pratiquer une activité physique chaque semaine.

Au-delà des bienfaits immédiats pour la santé que procure la pratique sportive, choisir d'investir dans le sport est également judicieux d'un point de vue économique. Les données du Forum économique mondial montrent que l'activité physique et le sport de masse représentent 25 % de l'économie mondiale du sport.

Lorsque les pouvoirs publics investissent de manière significative dans le sport communautaire, ils ne se contentent pas de soutenir les activités de loisirs. Qu'il s'agisse de créer et d'entretenir des installations telles que des piscines, des pistes d'athlétisme couvertes ou des terrains multisports, ou d'intégrer des programmes sportifs à l'école et dans communauté, multiplier les possibilités de pratiquer une activité sportive à tout âge peut améliorer la santé et le bien-être tout au long de la vie.

CHOISIR LE SPORT, C'EST CHOISIR LA SANTÉ

Si nous voulons réellement améliorer la santé des individus et de la population, nous devons reconnaître le rôle positif que le sport peut jouer. Parallèlement aux investissements dans les modes de transport actifs, les loisirs, l'éducation physique et la promotion de la santé au sein de la communauté, les investissements dans le sport peuvent contribuer à créer des environnements dans lesquels les personnes sont davantage enclines à bouger, à tisser des liens et à s'épanouir.

En facilitant l'accès au sport, nous investissons dans la prévention des maladies et des blessures, dans l'amélioration et le maintien de la santé publique, ainsi que dans le renforcement du bien-être individuel et collectif. Rendre la pratique sportive plus accessible met en lumière la nécessité d’un accès équitable au sport pour tous.

Quarante ans après la Charte d'Ottawa, le constat demeure inchangé : la santé résulte des choix de société que nous faisons. Investir dans le sport est un choix politique qui favorise l'activité physique, améliore la santé, stimule l'économie et renforce les communautés. En choisissant d'investir dans le sport aujourd'hui, nous améliorons non seulement la santé de la population, mais nous contribuons également de manière significative à bâtir un monde meilleur pour les générations futures.

Dre Jane Thornton

La Dre Jane Thornton est directrice du département de la santé, de la médecine et des sciences du Comité International Olympique à Lausanne, Suisse. Elle est spécialisée en médecine du sport et de l'exercice, professeure associée en médecine familiale à l'Université Western au Canada, et professeure honoraire à l'Université d'Édimbourg. Elle a été présidente de l'Académie canadienne de médecine du sport et de l'exercice et rédactrice en chef du British Journal of Sport and Exercise Medicine. Elle a été championne du monde d'aviron et a participé aux Jeux Olympiques.