Le passé, le présent et l'avenir du baseball selon la star japonaise Koji Uehara
En près de 20 ans de carrière, le double olympien Koji Uehara a réalisé un parcours impressionnant à la fois au Japon, son pays natal, et aux États-Unis, et a raflé presque tous les titres en jeu. Pourtant, alors que le baseball fait son grand retour au programme des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, Koji Uehara exprime son plus grand regret…
Au cours de sa longue carrière, Koji Uehara a remporté deux fois les Japan Series avec les Yomiuri Giants (en 2000 et 2002), puis les World Series avec les Boston Red Sox (2013), deux des équipes les plus illustres de l'histoire du baseball. En 2006, il a aussi gagné la première édition du World Baseball Classic (WBC) pour son pays. Outre ces victoires, le lanceur a également décroché une multitude de récompenses individuelles, avant de raccrocher définitivement son gant en mai 2019, à l'âge de 44 ans.
Malgré une carrière dont rêvent la plupart des stars de baseball en herbe, une récompense manque à son palmarès : une médaille d'or olympique. Un échec qui lui laisse encore aujourd'hui un goût amer.
"Lorsque je participe à une compétition, c'est pour gagner", confie le lanceur All-Star quelques jours après avoir annoncé sa retraite lors d'une conférence de presse émouvante à Tokyo. "Je veux être le meilleur. Les Jeux Olympiques sont le seul tournoi où je n'ai pas été à la hauteur, et c'est pourquoi je regrette cet échec."
"Mes chances de participer [à Tokyo 2020] étaient déjà probablement minces, mais à présent que j'ai pris ma retraite, elles sont tout bonnement inexistantes. J'aurais adoré gagner une médaille d'or aux Jeux, mais c'est comme ça ! En l'absence de joueurs des Ligues majeures, l'équipe japonaise a toutes ses chances de décrocher l'or, d'autant plus qu'elle joue à domicile."
"Participer aux Jeux Olympiques est un immense privilège. J'espère que nos joueurs déploieront tous les efforts possibles pour ne pas avoir de regrets plus tard."
Se déclarant enclin à accepter un rôle d'ambassadeur pour Tokyo 2020 si on le lui proposait, Koji Uehara a participé à deux reprises aux Jeux Olympiques. En 2004, le joueur a d'abord décroché une médaille de bronze à Athènes, avant de rater le podium d'un cheveu à Beijing en 2008, après sa défaite contre les États-Unis lors du face-à-face pour la médaille de bronze.
Extrêmement honoré d'avoir été sélectionné pour représenter le Japon lors de ces deux éditions des Jeux, l'Osakien admet cependant que ses sentiments sont mitigés, car en échouant à remporter l'or, il a déçu les immenses attentes de son pays, où le baseball est le sport national.
En 2000, les Jeux de Sydney ont marqué l'ouverture des matchs olympiques aux joueurs professionnels. Dès lors, l'équipe japonaise a été soumise à une pression frôlant l'obsession. En 1996 à Atlanta, le Japon a obtenu son meilleur score en finissant à la deuxième place, mais n'a jamais obtenu la médaille d'or
"Pour être franc, notre échec ne m'a pas permis de garder un très bon souvenir des Jeux Olympiques", reconnaît Koji Uehara, qui a grandi en admirant les exploits olympiques de Carl Lewis, détenteur de neuf médailles d'or, et de Daichi Suzuki, champion du 100 m dos crawlé masculin à Séoul en 1988 et commissaire de l'Agence japonaise du sport.
"En tant que professionnels, nous visions la première marche du podium et rien d'autre. Nous étions moins bien préparés que les équipes d'aujourd'hui, car à l'époque, aucun match amical n'était organisé. En outre, c'était la première fois que je jouais sous le drapeau japonais depuis que j'étais passé pro."
Le Japon a une vraie chance de gagner et je serais très heureux que mon pays remporte une médaille de plus
"Les Jeux de Beijing ont également été un moment à part, car j'ai été sélectionné pour faire partie de l'équipe alors que mes performances à cette époque laissaient à désirer. C'est un geste qui m'a beaucoup touché et je me suis donc senti obligé de lancer les balles à la perfection pour marquer ma reconnaissance.
"Mes coéquipiers étaient tout aussi motivés que moi pour décrocher l'or. Lorsque je jouais en ligue amateur, les Jeux Olympiques constituaient le but ultime. Après être passé pro, je n'aurais jamais imaginé avoir la chance de participer aux JO, mais le rêve est devenu réalité."
Koji Uehara confie également qu'il aurait voulu s'investir davantage dans les Jeux Olympiques, mais que les matchs de baseball coïncidaient avec la saison japonaise, l'empêchant ainsi de profiter de l'expérience comme il l'aurait voulu.
"J'aurais vraiment voulu séjourner dans le village [olympique] pour vivre l'expérience olympique comme il se doit. La saison de baseball battait son plein au Japon, donc je n'ai pas pu participer aux cérémonies d'ouverture et de clôture, ni eu le temps d'assister aux autres épreuves. Mon expérience est donc probablement moins palpitante que celle d'autres olympiens. Je n'ai pas vraiment eu le sentiment de faire partie de l'événement."
Tout comme le softball, le baseball sera au programme des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, mais n'a pas été retenu pour Paris 2024. Il pourrait faire son retour en 2028 à l'occasion des Jeux de Los Angeles, dans le pays d'origine du baseball, mais son avenir par la suite est incertain.
Koji Uehara espère que le baseball fera un jour définitivement partie du programme des Jeux Olympiques. Toutefois, la WBC, organisée par la Ligue majeure de baseball, étant en passe de devenir la plus grande compétition internationale de baseball, il estime qu'il est peut-être temps de remettre le baseball olympique entre les mains des seuls amateurs.
"Personnellement, je pense que le baseball olympique doit être disputé par des amateurs. Cela correspond davantage à l'esprit des Jeux et donne aux non-professionnels un but à atteindre. Actuellement, les pros ont une scène sur laquelle jouer, ce qui n'est pas le cas des amateurs. Cela permettrait de donner plus de visibilité aux matchs amateurs."
En tant que fan d'athlétisme, Koji Uehara prévoit de suivre chaque instant des épreuves de cette discipline lors de Tokyo 2020, et plus particulièrement le relais 4 x 100 m masculin, où le Japon espère dépasser son record à Rio en 2016, où il avait obtenu la médaille d'argent.
"J'adore le 4 x 100 m. À l'époque des athlètes comme Carl Lewis, personne n'aurait parié sur les athlètes japonais dans les épreuves de vitesse. Tout le monde pensait que nous n'avions aucune chance, mais l'histoire leur a donné tort. Aujourd'hui, nous sommes des adversaires de taille et ce renversement de situation me fascine. Le Japon a une vraie chance de gagner et je serais très heureux que mon pays remporte une médaille de plus."