L'improbable marathon de Saint-Louis 1904
Sans doute l’une des courses les plus singulières et les plus controversées de l’histoire olympique, le marathon de Saint-Louis 1904 a conduit à des modifications dans le déroulement de cette épreuve, qui est passée à deux doigts d’être radiée du programme.
En 2020, le St Louis Olympic Legacy Committee a fait installer des panneaux de signalisation marquant le parcours du marathon de 1904, accompagnés de panneaux d’information reprenant l’histoire de cette course pour le moins singulière. On peut également retrouver un panneau plus ancien sur le campus de l’Université Washington de la ville, sur lequel il est écrit : « Historical marker: Olympic marathon route of 1904 » (Marqueur historique : parcours du marathon olympique de 1904).
Le parcours, qui n’atteignait probablement pas la distance désormais standard de 42,195 km, commençait et se terminait sur l’Olympian Way. Il comprenait plusieurs tours du stade Francis Field, avant de sortir par la porte située à l’est du stade, de retourner vers l’ouest sur l’Olympian Way et de longer ce qui était à l’époque les limites extérieures de la ville. Le marathon annuel de Saint-Louis emprunte toujours aujourd’hui une partie de ce parcours.
La course en elle-même s'est déroulée sous une chaleur accablante (33 °C), sur des routes vallonnées et poussiéreuses. Pensant à tort que la déshydratation était bénéfique pour les athlètes, le directeur des Jeux avait ordonné expressément qu’un seul stand soit installé pour distribuer de l’eau, un peu avant la moitié du parcours. Fort heureusement la science a fait des progrès et l’on peut aujourd’hui compter jusqu’à 15 postes de distribution d’eau sur les parcours.
Épuisés et déshydratés en raison des conditions difficiles, 18 des 32 coureurs ont abandonné le marathon de Saint-Louis 1904. Sur les 14 participants qui ont réussi à finir la course, le coureur sud-africain Len Taunyane a été chassé par une meute de chiens sauvages à peine 1,5 km après avoir démarré la course, tandis que le coureur cubain Felix Carvajal a été terrassé par des crampes d’estomac après s’être arrêté pour manger des pommes. Tous deux ont tout de même réussi à terminer le marathon, respectivement en neuvième et quatrième places. Quant au vainqueur, l’Américain Thomas Hicks, il a terminé la course en 3 heures, 28 minutes et 53 secondes, ce qui est temps le plus long de l’histoire du marathon olympique, à une demi-heure près.
Au supplice sur les 16 derniers kilomètres de la course, on lui donna des blancs d’œufs, du brandy et du sulfate de strychnine (un stimulant populaire et légal à l’époque) pour le maintenir sur pied ce qui ne l'empêcha pas de se faire pratiquement porter par ses entraineurs pour franchir la ligne d'arrivée. Ce fut son dernier marathon. La consommation de ce « remontant » pendant la course a conduit à l’introduction de la première règle antidopage de l’histoire olympique, prenant la forme de la règle 4 du règlement lors du marathon de Londres 1908, stipulant que : « Aucun concurrent, que ce soit au départ ou durant la course, ne pourra prendre ni recevoir de stupéfiant. La violation de cette règle entraînera la disqualification ». À fortes doses, le sulfate de strychnine est utilisé comme mort aux rats, mais à plus faible dose, il produit un effet stimulant et l’Agence Mondiale Antidopage en interdit la consommation en compétition.
La controverse autour du marathon de Saint-Louis 1904 ne s’est pas arrêtée là. L’Américain Fred Lorz a été le premier athlète à franchir la ligne d’arrivée. Or, il a été découvert après coup que Lorz avait hélé une voiture pour regagner le stade après avoir abandonné pour cause d’épuisement. La voiture étant tombée en panne sur le chemin, Lorz a décidé de courir les derniers kilomètres. C’est ainsi qu’il est arrivé avant tout le monde sous les acclamations de la foule. Il a ensuite été disqualifié et radié à vie par l’Amateur Athletic Union, mais cette interdiction a été annulée par la suite. Lorz a d’ailleurs remporté le marathon de Boston en 1905.
Après la course, beaucoup ont affirmé que le marathon était trop dangereux et devait être supprimé. Parmi ses opposants figurait notamment le directeur des Jeux, qui a déclaré que l’épreuve était « indéfendable ». Malgré la controverse, le marathon a été réintroduit aux Jeux de Londres 1908 et n’a plus jamais quitté le programme olympique.