Femmes entraîneures : ouvrir la voie aux générations futures
Elles sont souvent dans l'ombre, sur la touche, et font rarement la une des journaux. Pourtant, leur métier est essentiel à tout sport. À l'occasion de la Journée internationale des femmes, nous rendons hommage aux entraîneures qui ouvrent la voie aux générations futures.
Le Comité International Olympique (CIO) et le Mouvement olympique ont tout fait pour que les Jeux Olympiques deviennent l'événement sportif le plus important du monde en termes d'égalité des genres. Aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, les femmes représentaient 48 % des athlètes et l'édition de Paris 2024 entrera dans l'histoire en devenant la première à afficher une parité totale.
Même si Paris 2024 entend casser les codes, il existe encore aujourd'hui un véritable fossé entre hommes et femmes dans l'entourage des athlètes, où le nombre de femmes occupant des postes de direction, tels que chefs de mission, officiels techniques et entraîneurs, reste étonnamment bas. Aux Jeux de Tokyo 2020, seuls 13 % des entraîneurs étaient des femmes.
Bousculer les attentes pour servir d'inspiration
"Pour les jeunes femmes qui veulent devenir entraîneures et travailler au plus haut niveau, il est beaucoup plus facile de l'envisager si elles voient d'autres femmes le faire", déclare la Canadienne Karin Harjo, première femme à entraîner une équipe de ski alpin.
"Je dis toujours aux femmes : Demandez-vous pourquoi pas moi ?"
Le CIO s'est engagé à relever ce défi et à aider les parties prenantes du Mouvement olympique à trouver le moyen de permettre à davantage de femmes d'atteindre le plus haut niveau dans le secteur de l'encadrement sportif. Mettre à l'honneur les entraîneures d'élite qui ont surmonté les obstacles et sont des modèles est déjà un objectif en soi.
Ainsi que le confie Andrea Bednas, entraîneure de snowboard originaire des Pays-Bas : "Je pense qu'il est important pour les athlètes féminines de se rendre compte qu'il n'est pas nécessaire d'être un homme pour devenir entraîneur." Et de poursuivre : "Il existe une voie qu'elles aussi peuvent emprunter."
"Plus nous aurons de femmes, plus les femmes penseront qu'elles peuvent accéder à ces fonctions et qu'il n'y a rien de plus normal que de vouloir être entraîneure, et c'est une bonne chose car la porte leur est grande ouverte", déclare la Franco-Australienne Myriam Fox-Jérusalmi, médaillée olympique et entraîneure de canoë, laquelle s'est vu remettre le Trophée du CIO 2022 récompensant des entraîneurs d'exception, reconnaissant ainsi son engagement en faveur de ses athlètes.
S'attaquer aux obstacles à l'égalité
Progressant lentement, la proportion de femmes entraîneures de haut niveau aux Jeux Olympiques n'a été que de 10 % au cours des dix dernières années. Le défi commence déjà au niveau local, avec moins de jeunes filles et de femmes qui décident d'embrasser une carrière d'entraîneur. Cet état de fait creuse malheureusement l'écart entre hommes et femmes, car si un club sportif n'a que des entraîneurs masculins, les jeunes filles ne pourront pas entrevoir la possibilité d'exercer à leur tour ce métier.
Une carrière d'entraîneur(e) nécessite en général 10 à 12 ans d'expérience au niveau national dans des compétitions régionales avant d'atteindre le niveau olympique. Cette exigence explique en partie pourquoi le processus pour devenir entraîneur est beaucoup plus lent que celui pour devenir athlète de haut niveau.
En outre, il existe encore un certain nombre d'obstacles qui empêchent les femmes de devenir entraîneures. Katie Allen, joueuse de hockey olympique australienne qui entraîne aujourd'hui une équipe masculine de haut niveau en Espagne, explique que le doute est souvent un obstacle majeur. Selon elle, les femmes doivent se concentrer sur l'objectif final, à savoir faire quelque chose qui les intéresse, et surmonter tout sentiment de gêne.
"Il faut être prête à douter... (mais) soyez audacieuses, ne vous laissez pas envahir par la crainte", explique-t-elle, ajoutant que les clubs et les organisations doivent faire davantage pour recruter des femmes entraîneures. "Les équipes, les clubs ou encore les organisations devraient se montrer plus ouverts et chercher les meilleures candidats, indépendamment de leur sexe ou de leur pays d'origine."
Dans le même temps, de plus en plus d'athlètes découvrent les avantages d'avoir une femme entraîneure. Dans une tribune publiée à l'occasion de la Journée internationale des femmes 2020, Andy Murray, star du tennis britannique et double champion olympique, a fait part de son point de vue sur le rôle que les femmes, y compris son ancienne entraîneure Amélie Mauresmo, ont joué tout au long de sa carrière : "Lorsqu'il est question d'état d'esprit, de compétences et d'intelligence, il n'y a aucune raison pour qu'une femme ne soit pas aussi douée qu'un homme, et il est à espérer que les choses changeront lorsque les femmes se verront offrir davantage d'occasions."
En tant qu'ancienne gymnaste olympique, Cécile Landi a une vision unique de ce qu'est l'encadrement sportif des femmes et des jeunes filles. Actuellement entraîneure de la gymnaste américaine Simone Biles, championne olympique, elle pense que les femmes reçoivent enfin l'attention qu'elles méritent. "La situation évolue dans le bon sens car les femmes repoussent les limites et battent des records", indique-t-elle. "Mais comme vous le savez, on peut toujours faire mieux."
Le programme WISH, une expérience qui change la vie
Le CIO s'est engagé à ouvrir la voie aux femmes entraîneures, du niveau local au niveau élite. Le programme WISH* (Women in Sport High-performance pathway)* est un élément clé de la réponse apportée par l'instance olympique.
Ce programme de quatre ans, financé par la Solidarité Olympique, entend former plus de 100 femmes à l'entraînement de haut niveau d'ici à 2024.
Représentant 17 sports et 53 pays, les 97 entraîneures qui se sont inscrites au programme à ce jour ont été choisies par leurs Fédérations Internationales (FI) et Comités Nationaux Olympiques (CNO) respectifs pour leurs réalisations individuelles, leur potentiel ainsi que leur motivation.
Le programme est conçu pour aider les femmes entraîneures à développer leurs compétences en matière d'encadrement, à stimuler leur confiance en elles et à dynamiser leur carrière. Le mentorat est également un élément très important du programme. Les femmes entraîneures bénéficient d'un mentorat individuel en matière de leadership ainsi que d'un soutien continu spécifique à leur sport, également proposé par un mentor. Ces conseils d'experts et ces échanges sur des défis concrets peuvent être d'une valeur inestimable pour tout entraîneur, a fortiori pour une femme qui s'efforce d'atteindre le sommet de son art dans un secteur dominé par les hommes.
Le programme WISH a littéralement changé la vie de bon nombre de ses participantes.
"Grâce [au programme WISH], vous pouvez rencontrer des personnes de différentes disciplines et apprendre de leur parcours et de leur expérience", explique Anna Wiese, une entraîneure polonaise de cyclisme.
Kristina Sue, entraîneure de rugby originaire de Nouvelle-Zélande, rappelle que le programme permet aux participantes d'identifier et de développer leurs forces et leurs faiblesses.
"Le programme nous encourage à mener une réflexion approfondie sur nous-mêmes et sur les compétences clés ou les secteurs de l'encadrement qui constituent nos points forts et ceux sur lesquels nous devons encore travailler. Sans un programme comme celui-ci, nous n'aurions pas accès aux ressources disponibles", reconnaît-elle.
Créer un environnement propice à l'épanouissement des femmes
Porté par sa vision de bâtir un monde meilleur par le sport, le CIO considère l'égalité des genres comme un impératif pour toutes les organisations et tous les pays. En octobre 2022, le président du CIO, Thomas Bach, a rappelé aux parties prenantes du Mouvement olympique que toutes les organisations sportives – CIO y compris – avaient la responsabilité de faire progresser l'égalité des genres, la diversité et l'inclusion. "Aucune organisation ni aucun pays ne peuvent se permettre de renoncer aux compétences de la moitié de la population", avait-il alors déclaré.
Selon les Nations Unies, les grands défis mondiaux, qu'il s'agisse de la pandémie de COVID-19, des conflits, du changement climatique ou encore des réactions hostiles à l'encontre des droits des femmes, ne font qu'exacerber les disparités.
En dépit de ce contexte, le CIO est parvenu à faire des progrès aussi bien sur l'aire de compétition qu'en dehors. Il a établi un plan de travail ambitieux pour la période 2021-2024, lequel se concentre sur cinq domaines clés : la participation, la pratique du sport en toute sécurité, la représentation, l'allocation des ressources et le leadership.
Augmenter le nombre de femmes entraîneures dans tous les sports olympiques fait clairement partie des objectifs de ce plan."En grandissant, je n'ai jamais eu de modèle à suivre ; encore aujourd'hui, il n'y a pas beaucoup de femmes entraîneures", déclare Carissa Holland, entraîneure australienne de lutte. Et de conclure : "Pour les jeunes filles et les jeunes femmes, voir des femmes occuper ces fonctions prouve que cela est possible et que l'avenir leur appartient."