Des Jeux respectueux de l'environnement qui ont transformé une ville

Les efforts déployés par Lillehammer ont été considérés comme inédits en matière d'approche environnementale. Ils allaient changer la donne pour les futures éditions des Jeux Olympiques et contribuer au positionnement international de la Norvège.

Des Jeux respectueux de l'environnement qui ont transformé une ville
© 1994 / International Olympic Committee (IOC) / STRAHM, Jean-Jacques - All rights reserved / Lillehammer 1994 Olympic Winter Games Cross country skiing, 15km pursuit Men competition.

Les deux premiers piliers de l'Olympisme étaient déjà bien ancrés : le sport et la culture. En 1994, 98 ans après les premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne, un troisième pilier officiel faisait son apparition : l'environnement.

Les Jeux de Lillehammer 1994 ont été les premiers à intégrer des pratiques écologiques dans le cadre de leur organisation. Le respect de l'environnement était au cœur des Jeux. Le comité d'organisation de Lillehammer (LOOC) et ses partenaires ont vu dans le sport une chance de fixer de nouvelles normes environnementales pour toutes les parties associées à la préparation des futures éditions des Jeux.

Le LOOC s'était en effet fixé cinq "objectifs verts" ambitieux : sensibiliser à l'environnement ; tenir compte des considérations d'ordre régional ; assurer un développement durable et la croissance économique ; intégrer les facteurs environnementaux dans la construction des sites ; et respecter les normes environnementales à tous les stades de la préparation de l'événement.

Plus de 20 projets axés sur la durabilité ont été lancés à cette fin. La gestion des déchets et la protection de la faune et de la flore ont été soigneusement prises en compte, et la qualité de l'air et de l'eau a fait l'objet d'un suivi dans toute la région olympique. Des enfants et d'anciens médaillés olympiques ont planté des arbres dans tout le pays et des documents d'information sur les efforts déployés par le comité d'organisation dans le domaine environnemental ont été distribués au Centre Principal de Presse (CPP).

L'anneau de vitesse a par exemple été déplacé et aménagé dans une halle à Hamar, où les facteurs environnementaux ont été pris en considération. Cette halle, avec sa toiture en forme de coque de bateau renversé, rappelait le drakkar du 11e siècle conservé non loin du site et se fondait dans le paysage environnant afin de réduire autant que possible son impact sur une réserve ornithologique établie à proximité.

La construction de la patinoire pour le hockey sur glace dans la halle souterraine de Gjøvik s'est faite dans le respect de la durabilité. Elle a permis d'économiser un espace précieux dans le centre-ville, et la roche extraite du site a été réutilisée pour construire un port de plaisance, une promenade et un parking en ville.

Une fois achevée, cette installation était en tout point éco-responsable. Creusée dans la montagne, elle affiche des températures stables toute l'année, ce qui signifie qu'elle consomme nettement moins d'énergie qu'une patinoire classique. Un système de pointe permet de suivre la consommation d'énergie afin de limiter le gaspillage.

D'autres pratiques durables, telles qu'une gestion efficace des déchets, ont été adoptées pour tous les sites ; elles ont été améliorées après les Jeux, toutes les installations étant encore utilisées. C'est la raison pour laquelle les infrastructures de l'Olympiapark de Lillehammer ont obtenu la certification norvégienne Eco-Lighthouse.

Des documents portant sur l'action environnementale menée à l'occasion des Jeux Olympiques ont été remis aux écoles de la région dans le cadre du programme éducatif "Les Jeux Olympiques à la maison", et la société norvégienne de radiodiffusion NRK a consacré une émission télévisée à ce sujet.

Plusieurs initiatives environnementales ont par ailleurs été lancées durant les Jeux. Plus de 80 % des trajets à destination et en provenance de Lillehammer durant les Jeux ont été effectués en bus ou en train. Les déchets ont été réduits en demandant aux fournisseurs de respecter des normes environnementales rigoureuses. Les assiettes et les couverts étaient biodégradables ; les médailles étaient majoritairement composées de pierre naturelle ; et 70 % des panneaux d'information étaient fabriqués à partir de papier recyclé.

Tous ces efforts ont été largement salués et ont contribué au positionnement international de la Norvège. Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO, a qualifié les Jeux de Lillehammer 1994 de "Jeux blancs verts". La manifestation olympique a fait découvrir aux visiteurs et aux observateurs présents des valeurs essentielles telles que le respect de l'environnement et l'hospitalité de la population locale. Elle a aussi présenté la Norvège comme un État soucieux de l'environnement.

Les bienfaits à long terme de ces objectifs écologiques et la sensibilisation accrue de la population norvégienne à l'environnement sont toujours visibles. Des études menées entre 1991 et 1994 ont révélé que l'accueil des Jeux avait fait évoluer les mentalités aussi bien à l'échelon local que national. Seuls 50 % des Norvégiens étaient favorables aux Jeux avant leur tenue. À la fin des Jeux, plus de 80 % de la population nationale et 88 % de la population locale estimaient que leur accueil avait été une bonne idée.

Durant la planification des JOJ d'hiver de Lillehammer 2016, le comité d'organisation a pris contact avec des entreprises locales qui avaient participé aux initiatives environnementales menées en 1994, pour la gestion des déchets notamment, afin de bénéficier de leur expérience.

Lillehammer 1994 est la première édition des Jeux à avoir adopté avec succès le concept d'une démarche environnementale solide, créant ainsi un modèle pour les Jeux suivants. Aujourd'hui, la durabilité est une exigence clé pour chaque édition des Jeux Olympiques.